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Canoes in a Fog, Lac Supérieur par Frances Anne Hopkins  1869

Musée Glenbow

Le commerce de la fourrure et l'ouverture du Canada : 1400 - 1867

1400.  Partout, dans ce qui deviendra plus tard le Canada, des communautés autochtones sont établies le long des lacs et des rivières. Leurs habitants chassent le castor et les autres animaux à fourrure;  les peaux les gardent au chaud, et sont utilisées au cours de leurs cérémonies. Des explorateurs européens, à la recherche d’un raccourci vers les richesses de la Chine, abordent un continent inconnu. Cabot atteint Terre-Neuve. Donnacona, un Iroquois, mène Cartier en amont du fleuve Saint-Laurent jusqu’à son kanata.  La fourrure commence à entrer en Europe. À Londres et à Paris, la fourrure fait rage.  Pour répondre à la demande grandissante, Champlain fonde un établissement à Québec et explore le territoire.  Les Algonquins et les Hurons sont heureux d’échanger leurs fourrures avec les coureurs des bois, contre des articles de fer.  La région des Grands Lacs est répertoriée. La Nouvelle France se développe au rythme du commerce de la fourrure.  Mais les Iroquois, qui font affaire avec les Anglais, envient le commerce de la fourrure des Français.  Les différentes tribus se livrent des guerres impitoyables.  Les Iroquois détruisent la plus grande partie de la Huronie et interrompent le commerce des fourrures vers la France.  La Nouvelle France est au bord du désastre. Radisson et des Groseilliers, qui travaillent pour le compte du Roi d’Angleterre, pensent à expédier leurs fourrures depuis la Baie d’Hudson.  L’expédition s’avère un succès, et donne naissance à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Les fourrures destinées à la Nouvelle France se retrouvent aux postes de traite anglais.  Les Français, menés par La Verendrye, répliquent en établissant une série de postes vers l’est jusqu’au Lac Supérieur. La lutte pour la suprématie, entre la France et l’Angleterre, déclenche la Guerre de sept ans.  Wolfe défait Montcalm, sur les Plaines d’Abraham, et la Nouvelle France devient colonie britannique.  Les négociants anglais se saisissent du commerce des fourrures des Français, et créent la Compagnie du Nord-Ouest, pour concurrencer la Compagnie de la Baie d’Hudson.  Mackenzie, de la Compagnie du Nord-Ouest, atteint l’Océan Pacifique par voie de terre.  Leur rivalité menace les deux entreprises de la faillite.  La Compagnie du Nord-Ouest se fusionne à la Compagnie de la Baie d’Hudson. Pendant près de 250 ans, le commerce de la fourrure a servi de moteur à l’économie – tout d’abord en Nouvelle France, puis enAmérique du Nord britannique.  Il a ouvert ce grand pays que nous appelons aujourd’hui le Canada.  Aujourd’hui, le commerce de la fourrure demeure une industrie rurale essentielle.

 En 1916, des batailles épiques se déroulent à Verdun et sur la Somme où les Canadiens remportent des victoires impressionnantes.

En 1916, des batailles épiques se déroulent à Verdun et sur la Somme où les Canadiens remportent des victoires impressionnantes.

L’appel de l’Empire : 1914 - 1916

1914. La paix règne sur le vaste dominion du Canada.  Le chemin de fer a rapproché les deux extrémités du pays dans lequel il répartit une multitude d’immigrants.  La moitié de la population vit maintenant dans des villes en rapide expansion illuminées par l’électricité, reliées par le téléphone et offrant des cinémas où aller voir des films muets. La population canadienne vaque à ses occupations quotidiennes sans se douter que sa vie va bientôt être bouleversée.  L’Europe, où la Triple Alliance s’oppose à la Triple Entente, est une poudrière prête à exploser. L’assassinat, par un nationaliste serbe, de l’héritier du trône de l’Autriche-Hongrie allume la mèche. De multiples ultimatum et mobilisation débouchent sur la mise en œuvre du plan Schlieffen conçu par l’Allemagne. La Grande Guerre a commencé. Une victoire importante remportée à Tannenberg épargne à l’Allemagne une invasion Russe. Les Allemands envahissent la France en traversant la Belgique neutre, amenant l’empire britannique à entrer en guerre et avec lui, le Canada. Le Plan Schlieffen s’effondre lors du miracle de la Marne.  Le face à face entre l’Allemagne et les Alliés s’enlise dans les tranchées. L’issue des batailles sur le front occidental est dictée par les mitrailleuses, le fil de fer barbelé, les éclats d’obus et le no man’s land.  Le Canada répond à L’appel de l’Empire en autorisant la création du Corps expéditionnaire canadien. Au Camp Valcartier, 33 000 recrues s’entraînent sous le commandement de Sam Hughes, équipées du fusil Ross qui fait l’objet de maintes controverses.  Embarquée pour la France avec tambours et trompettes, au début 1915, la Première division canadienne entre dans les tranchées au saillant d’Ypres, un endroit particulièrement dangereux. Les conditions inimaginables et le chlore gazeux seront leur baptême du feu. Le Lcol John McCrae écrit son renommé poème, Au champ d’honneur.  Un changement radical s’installe rapidement dans tout le pays. La population subit les lundis sans viande et les dimanches sans chauffage. L’industrie canadienne passe à une production de guerre. Les usines de munitions acheminent un million de cartouches par mois vers le front occidental. La production agricole s’envole et le Canada fournit la plus grande partie des aliments consommés en Grande-Bretagne et par les armées alliées en France. Quelque 4 000 Autochtones quittent les réserves pour se porter volontaires. Les membres des minorités visibles s’engagent eux aussi. On comptera parmi eux 2 600 canadiens d’origine africaine.  Après deux ans pendant lesquels le nombre de victimes a atteint des sommets et où la population vit dans la crainte de recevoir un télégramme porteur de malheur, la sombre réalité de la guerre mondiale pèse lourd sur les épaules du peuple canadien.

 La pénurie de main-d’œuvre tant dans les usines que dans les fermes est réglée grâce à l’embauche de femmes.  Elles font fonctionner des machines, cousent des uniformes et dirigent des exploitations agricoles..

L'épreuve du feu : 1916 - 1918

1917.  Sur le front occidental c’est l’impasse.  La technologie liée aux combats progresse rapidement.  Des découvertes importantes sont faites dans le développement des aéronefs. Les as canadiens tels que Billy Bishop, se battent haut dans les airs au-dessus du front occidental.  La situation des Alliés en Europe se détériore rapidement. La Russie est prête à s’effondrer alors qu’elle est balayée par la révolution. Cependant, une grande victoire est remportée lorsque les Canadiens prennent le bastion de la crête de Vimy. Les Américains, mis en colère par les actes de guerre illimités, se joignent aux Alliés.  Les sacrifices de jeunes canadiens outre-mer encouragent encore plus de sacrifices au Canada. On exige des travailleurs qu’ils produisent davantage. Il n’y a plus de congés. La nourriture est maintenant rationnée. Les gens font pousser des légumes dans leurs jardins. L’impôt sur le revenu est créé pour financer l’effort de guerre. Une grave crise menace l’effort de guerre au Canada. Le massacre sans fin sur le front occidental fait baisser considérablement le nombre de recrues.  Le Premier Ministre Borden promulgue la Loi du Service Militaire, 1917 qui rend le service militaire outre-mer obligatoire pour tous les hommes entre 20 et 45 ans.  La conscription soulève une vague de protestation, particulièrement au Québec.  La bataille insensée de Passchendaele se déroule dans un véritable bourbier. Les Canadiens prennent la crête de Passchendaele; épreuve du feu supplémentaire. Une énorme explosion détruit complètement toute une partie d’Halifax, tuant 2 000 personnes.  Une élection fédérale attendue depuis longtemps est fixée pour décembre 1917. Elle est dominée par la question de la conscription.  Pour remporter l’élection coûte que coûte, Sir Borden promulgue la Loi des élections en temps de guerre très controversée. Elle prévoit que les femmes de la famille de soldats peuvent voter.  Sir Borden remporte une victoire écrasante, mais le Canada se divise le long des lignes linguistiques.  En 1918, l’issue de la guerre demeure incertaine. La Russie cesse les hostilités. L’Allemagne, qui est maintenant libre de concentrer ses efforts de guerre sur un seul front, déchaîne ses forces le long du front occidental pour remporter la victoire avant l’arrivée des Américains. La grande offensive allemande se heurte à des problèmes et les Alliés, sous le commandement du généralissime  Foch lancent une offensive générale. À de nombreuses reprises, le Corps canadien est en première ligne. Ce sont les cent jours du Canada, une victoire après l’autre.  Au bord de l’effondrement, l’Allemagne demande la paix. Le Kaiser abdique. Un armistice signé le 11 novembre 1918 met fin à la guerre et à quatre ans de massacres à grande échelle.

 
 
 Au début de la guerre, les forces armées du Canada sont extrêmement faibles, mais 60 000 hommes s’enrôlent volontairement en un seul mois. New Westminster, BC 1940

Au début de la guerre, les forces armées du Canada sont extrêmement faibles, mais 60 000 hommes s’enrôlent volontairement en un seul mois. New Westminster, BC 1940

Les années de désespoir : 1939 - 1942

1939.  La Crise de 1929 traîne en longueur.  Le roi George VI inaugure le Mémorial national de guerre à Ottawa, tandis qu’une menace de guerre plane au-dessus de l’Europe et de l’Asie.  L’Allemagne, l’Italie et le Japon étendent leurs territoires de façon agressive.  La politique d’apaisement se révèle infructueuse.  En envahissant la Pologne, Hitler déclenche la Seconde Guerre mondiale.  Maintenant libre d’établir ses propres politiques en matière d’affaires étrangères, le Canada entre en guerre contre l’Allemagne.   MacKenzie King promet de ne pas déclencher de conscription pour l’étranger, et remporte les élections de 1940.  C.D. Howe est responsable de la production de guerre.  Le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth fait du Canada « l’aérodrome de la démocratie ».  En adoptant des tactiques de guerre-éclair, l’Allemagne attaque l’Europe de l’Ouest.  En dépit du « miracle de Dunkirk », la France est occupée.  Les pilotes de l’ARC sont parmi les « trop rares » à prendre part à la Bataille de Grande-Bretagne.  Hitler se tourne contre la Russie et le Japon surprend les Américains à Pearl Harbor.  Le Canada est maintenant en guerre contre toutes les puissances de l’Axe.  À Hong Kong, les Japonais battent les défenseurs canadiens. La peur se propage le long de la côte ouestdu Canada.   Quelque 22 000 Canadiens d’origine japonaise sont internés dans des camps, à l’intérieur de la C.-B.  Les Canadiens se mobilisent en vue d’une guerre générale.  La production de guerre monte en flèche.  Les prix et les salaires sont gelés. On rationne la nourriture et l’essence.  Un million de femmes troquent leurs robes contre des salopettes et vont travailler dans des usines de guerre ou s’enrôlent dans l’armée. Les approvisionnements canadiens deviennent essentiels à la Grande-Bretagne.  La bataille de l’Atlantique fait rage.  Les convois partant de Halifax font face à un océan infesté de U-Boots allemands.  Au milieu de 1942, l’Axe est au sommet de sa puissance.  L’échec du raid sur Dieppe reflète les années de désespoir du Canada.

 

 Le jour J, 14 000 Canadiens débarquent sur la plage Juno.  Le 6 juin, 1944

Le jour J, 14 000 Canadiens débarquent sur la plage Juno.  Le 6 juin, 1944

Sur le chemin de la victoire : 1942 - 1945

Fin 1942.  Les sombres nouvelles des trois dernières années se font plus encourageantes.  L’expansion de l’Axe est stoppée à Midway, El Alamein et Stalingrad.  Les Alliés sont sur le chemin de la victoire. La MRC aide à écraser la meute de loups Nazis.  Les Forces canadiennes jouent un rôle déterminant dans la campagne de Sicile, et dans l’étroite péninsule italienne. Elles font face à une importante résistance à Ortona. L’ARC, à bord d’avions Lancaster construits au Canada, participe aux raids sur les villes allemandes. Le Canada est un pays transformé par la guerre.  La production de guerre s’accélère et le chômage est négligeable.  Les « Bren Girls » deviennent des héroïnes nationales.  Le compas social du pays commence à se déplacer, alors que le concept de la sécurité sociale gagne en popularité. Canadiens et Canadiennes se tournent vers leur gouvernement pour les protéger contre un retour de la dépression économique d'avant-guerre.   La bataille pour refermer la brèche de la falaise et bloquer plusieurs divisions allemandes est intense.  Les victoires se succèdent.  L’Armée canadienne chasse les Allemands des ports de la Manche.  Libération triomphale de Dieppe. Mais la guerre n’est pas encore terminée en Europe.  Les Forces canadiennes délogent les Allemands tenaces des terres de l’estuaire Scheldt, et libèrent le port stratégique d’Antwerp.  Affamés mais reconnaissants, les Hollandais accueillent les Canadiens en libérateurs.  L’Armée canadienne est prête à entrer en Allemagne.  Au pays, Mackenzie King survit à la « crise de la conscription » en acceptant d’envoyer 16 000 conscrits en Europe.  Très peu verront l’ennemi.  Au printemps de 1945, l’Allemagne nazie s’effondre.  Hitler s’ôte la vie.  Les généraux canadiens acceptent la capitulation allemande en Hollande.  Le Canada en liesse célèbre le Jour de la victoire en Europe.  Les Forces canadiennes s’apprêtent à envahir le Japon.  Ce ne sera pas nécessaire.  Deux bombes atomiques mettent soudainement fin à la guerre en Asie.  En dépit du triomphe, le Canada déplore la mort de 42 000 citoyens.  La paix revenue, les Canadiens s’efforcent d’oublier la guerre. Une terre de promesses émerge au bout du chemin de la victoire du Canada.

 Mai 1945.  Le Canada tout entier semble entraîné dans une gigantesque fête populaire. Rue Bay, Toronto.  

Mai 1945.  Le Canada tout entier semble entraîné dans une gigantesque fête populaire. Rue Bay, Toronto.  

Une terre de promesses : 1945 - 1954

La guerre en Europe vient de se terminer. Un million de combattants rentrent chez eux. Bien que le Canada n’ait pas connu les pires ravages de la guerre, 42 000 Canadiens ont perdu la vie. Trois mois plus tard, la bombe atomique met une fin soudaine et spectaculaire à la guerre au Japon.  L’intense production de guerre a sorti le Canada de la crise. Le taux d’inflation est faible, le pouvoir d’achat est élevé et les emplois et les produits de consommation abondent. On découvre du pétrole à Leduc, en Alberta. La prospérité soudaine d’après-guerre laisse présager une Terre de promesses.  L’explosion économique est accompagnée d’une explosion des naissances, le baby-boom. L’immigration augmente à vue d’oeil et la population dépasse 14 millions d’habitants en 1951. Les banlieues surgissent un peu partout et les Canadiens se baladent sur la transcanadienne à bord d’énormes bolides chromés à huit cylindres. La télévision de Radio-Canada fait son entrée dans les salons de la nation.  Le Canada se taille une place éminente sur la scène mondiale. Depuis le début de la Guerre froide, la tension augmente entre l’OTAN et l’Union soviétique. La menace de l’anéantissement nucléaire apparaît. Les troupes canadiennes vont combattre en Corée. Igor Gouzenko, un déserteur russe, révèle l’existence d’un vaste réseau d’espionnage qui compte un député fédéral.  Saint-Laurent remplace Mackenzie King au poste de Premier Ministre. Terre-Neuve se joint à la Confédération et un vent de changement souffle sur le Québec. La commission Massey ouvre la voie à un grand déferlement de créativité artistique. L’ouragan Hazel, Bannister-Landy et Marilyn Bell font les manchettes des journaux. En 1954, les Canadiens jouissent du deuxième niveau de vie le plus élevé au monde. Pour beaucoup, la Terre de promesses est une réalité.

 
 
 Diefenbaker refuse de mettre des charges nucléaires en sol canadien. Il annule la fabrication du spectaculaire Arrow de Avro et la crise des missiles cubains met la planète au bord d’une destruction nucléaire.  

Diefenbaker refuse de mettre des charges nucléaires en sol canadien. Il annule la fabrication du spectaculaire Arrow de Avro et la crise des missiles cubains met la planète au bord d’une destruction nucléaire.  

Optimisme et incertitude : 1955 - 1963

1955.  Les fabuleuses années 1950 battent leur plein. L’explosion économique de l’après-guerre est à son apogée et le pays est imbu d’optimisme. Les baby-boomers sont maintenant des adolescents, vibrant au rythme du rock-and-roll. Elvis est roi et les adolescentes se déhanchent au son des chansons de leur idole canadienne Paul Anka.  Québec explose de vitalité et d’énergie.  Le Premier Ministre Jean Lesage veut mettre un terme à la domination des anglophones sur l’économie du Québec. La révolution tranquille déferle sur le Québec. Un groupe radical marginal, le FLQ, lance une campagne de terreur à l’échelon local en faisant exploser des bombes dans des quartiers anglophones de Montréal.  De plus en plus de femmes commencent à travailler à l’extérieur... aidées en cela par la pilule et par le livre de Betty Freidan, La mystique féminine. C’est le bon temps et les voyages en avion à réaction deviennent monnaie courante. Spoutnik lance la course vers l’espace. Le grand joueur de hockey Maurice «Rocket» Richard devient un héros national.  À l’occasion de la première élection télévisée, les Libéraux sont battus par Diefenbaker et son populisme. La voie navigable du St-Laurent est inaugurée et on assiste la mise en chantier d’importants projets d’irrigation, de mise en valeur des forces hydrauliques et pétrolières et des gisements de gaz naturel. Les Conservateurs font la promotion du développement du Nord.  En 1959, un sentiment d’incertitude commence à se faire sentir. Le Canada connaît une courte récession. Les difficultés politiques s’aggravent et Diefenbaker perd le pouvoir en 1963. Les Libéraux, avec Lester B. Pearson à leur tête, récipiendaire du Prix Nobel de la Paix, gagnent les élections et s’efforcent de rétablir de bonnes relations avec les Américains. Qui aurait pu se douter que le pays allait bientôt faire face à d’importants bouleversements sociaux?  La transition, de l’optimisme à l’incertitude, est alors complète.

 Les Canadiens se rendent en foule à l’Expo 67 à Montréal.

Les Canadiens se rendent en foule à l’Expo 67 à Montréal.

À la recherché d’une identité : 1964 - 1972

Le Canada célèbre son centenaire. Un nouveau drapeau, l’unifolié, flotte partout au pays.  Le but victorieux de Paul Henderson contre les Russes marque tous les Canadiens. Les panneaux «Canada, nous t’aimons» sont partout. Mais au-delà des apparences, on sent la recherche d’une identité. Deux millions de baby-boomers tentent de trouver leur identité dans le mouvement de rébellion de la jeunesse; beaucoup adoptent les idées de la contre-culture hippie. «Faites l’amour, pas la guerre» devient l’hymne national des «enfants fleurs» adeptes de la marijuana et de l’amour libre.  Les Canadiens plus âgés trouvent les manifestations d’amour collectif, la musique psychédélique et les Beatles affligeants. La contre-culture exerce un effet profond sur la politique, les affaires et les arts. Le Québec est en ébullition. Des bombes explosent à Westmount. René Lévesque fonde le Parti québécois. Le Canada est ébranlé par la crise d’octobre 1970. Le gouvernement adopte la Loi sur les mesures de guerre. Tous les yeux sont tournés vers le nouveau mouvement nationaliste québécois en colère. Le pays souhaite désespérément la venue d’un leader dynamique. Quelqu’un de nouveau; quelqu’un de jeune. C’est ce qu’il voit en Pierre Elliott Trudeau, «sensas, sexy, tourné vers la jeunesse». Trudeau promet une «société juste». La trudeaumanie balaye le pays et le pays est balayé par le changement. Le Canada devient un pays bilingue. L’assurance-maladie fait son apparition. Un mouvement féministe dynamique émerge. Les cartes de crédit deviennent monnaie courante. En 1972, les Canadiens tentent de réaliser leurs espoirs et leurs rêves de jeunesse et la recherche d’une identité nationale entre dans une nouvelle phase.

 

 Terry Fox traverse la moitié du Canada en boitillant et gagne le coeur de la nation.

Terry Fox traverse la moitié du Canada en boitillant et gagne le coeur de la nation.

Les années turbulentes : 1973 - 1980

1973.  L’Economist décerne au Canada le titre de pays où il fait le mieux vivre.  L’euphorie sera néanmoins de courte durée. Des années turbulentes s’annoncent. La flambée du prix des carburants provoque une inflation à deux chiffres et entraîne le contrôle des prix et des salaires. Le chômage augmente, les déficits gouvernementaux croissent et le pays croupit dans la«stagflation». Des forces émergentes mettent à l’épreuve le tissu social canadien traditionnel. Les nationalistes québécois dénoncent la Confédération. Les femmes exigent l’égalité. Le Canada devient de plus en plus une mosaïque culturelle. Les manifestations et la contre-culture des années 1960 ont cédé la place à la Génération du «Moi».  Les baby-boomers, maintenant adultes, tendent vers les réalisations et le développement personnel. Le nombre de divorces et d’avortements monte en flèche. Le son envoûtant de la musique disco est à la mode. Le film La fièvre du samedi soir devient le symbole d’une génération. Le conditionnement physique fait fureur et les sports individuels comme le jogging sont très populaires. La télévision, l’autre passe-temps préféré, assure la popularité continue des sports de spectateurs. Nadia Comaneci reçoit un «10», la note maximale, aux Jeux olympiques de Montréal. Toronto accueille les Blue Jays. En pleine expansion, la Ligue nationale de hockey passe de 12 à 21 équipes. Joe Clark est aux rennes d’un gouvernement conservateur pendant quelques mois et un Trudeau jubilant souhaite la «Bienvenue aux années 1980!» aux téléspectateurs le soir des élections. Au Québec, René Lévesque est à la tête d’un mouvement séparatiste énergique. Le Canada anglais n’en croit pas ses yeux quand le Parti québécois l’emporte par une victoire écrasante et adopte la Loi 101. La victoire fédéraliste au référendum québécois de 1980 met fin aux années turbulentes de 1973 à 1980.

 
 
 La reine Elisabeth II signe la nouvelle Constitution.

La reine Elisabeth II signe la nouvelle Constitution.

Les années dorées : 1981 - 1988

1981. La pire récession économique depuis la crise de 1929 bouleverse la nation. Les taux d’intérêt grimpent jusqu’à 20 %, l’inflation et le chômage atteignent les deux chiffres et les gouvernements accumulent d’énormes déficits. L’économie est en chute libre. Deux ans plus tard, la reprise économique marque le début des années dorées de la décennie. Les signes de richesse sont partout. Les technologies de pointe sont à l’ordre du jour. Les arcades de jeux vidéo attirent les adolescents et le magnétoscope à cassettes devient indispensable.  La nouvelle Constitution sera le dernier coup d’éclat de Trudeau. Après son départ, Brian Mulroney remporte une victoire écrasante et rapproche le pays des États-Unis. Un accord de libre-échange est ratifié par les deux pays amis. Les dirigeants canadiens s’entendent sur l’Accord du Lac Meech. Celui-ci reconnaît le Québec en tant que société distincte, mais il doit être ratifié dans les trois ans.  La prospérité des années 1980 donne aux Canadiens le temps de réfléchir. Les trous dans la couche d’ozone et les pluies acides incitent les citoyens à adopter les boîtes de recyclage. D’importants déficits gouvernementaux font remettre en question l’universalité des services. Le Pape Jean-Paul II vient au Canada, de même que des centaines de milliers d’immigrants de cultures diverses. Les Canadiens s’émerveillent du tandem Gretzky-Lemieux qui remporte la Coupe du Canada et Calgary est l’hôte des Jeux olympiques les plus réussis de l’histoire.

 Roberta Bondar, la première femme astronaute du Canada à voler à bord de la navette spatiale Discovery.

Roberta Bondar, la première femme astronaute du Canada à voler à bord de la navette spatiale Discovery.

Un nouveau monde courageux : 1989 - 1995

1989. De puissants courants transforment le Canada. Le monde tel qu’on le connaissait disparaît peu à peu, remplacé par un nouveau monde qui semble incertain. Des changements profonds se produisent un peu partout. La chute du Mur de Berlin annonce la fin de la menace communiste. Le libre-échange avec les États-Unis, puis avec le Mexique, devient une réalité.  La technologie envahit la vie de tous les jours. L’Inforoute arrive. Une équipe américaine remporte la Coupe Grey.  Une récession économique persistante amplifie l’inconfort national. Les entreprises réduisent leurs effectifs et les gouvernements leurs budgets. Le chômage atteint le million et demi. Les étudiants des universités se plaignent de ne pas pouvoir trouver d’emploi après leurs études. Les pêches de l’Atlantique s’effondrent et le prix des céréales des Prairies chute plus bas encore qu’au cours de la crise de 1929. Encouragée par la TPS, une économie au noir se développe. Les efforts de Mulroney en vue d’unir le pays se soldent par un échec. L’Accord du Lac Meech meurt et les Canadiens disent «non» à l’Accord de Charlottetown. Les Libéraux de Chrétien ne font pas mieux.  Un Lucien Bouchard désenchanté fonde le Bloc Québécois et les séparatistes passent à un cheveu de gagner le référendum sur la souveraineté.  Les Canadiens réagissent à ces temps difficiles en devenant plus efficaces et mieux instruits. Les cours du soir en informatique débordent de gens. Les entreprises achètent des ordinateurs portatifs et des téléphones cellulaires et elles communiquent «en ligne».  La publicité sociétale abonde. Des millions de personnes mangent plus sainement, cessent de fumer et s’adonnent au patin à roues alignées.  Un montage d’événements défile aux yeux des Canadiens. L’envol de Roberta Bondar pour l’espace; l’affrontement d’Oka; les protestations de Clayoquot Sound; la victoire des Blue Jays dans deux séries mondiales consécutives – autant de symboles dramatiques d’un nouveau monde courageux.

 Les feux d'artifice sur les édifices du Parlement à Ottawa signal le début d'un nouveau millénaire.

Les feux d'artifice sur les édifices du Parlement à Ottawa signal le début d'un nouveau millénaire.

Vers le nouveau millénaire : 1996 - 2000

1996.  Le canadien Donovan Bailey vient de devenir l’homme le plus rapide du monde.   Sa victoire olympique semble un signe des temps.    Les Canadiennes et les Canadiens trouvent que la vie ce déroule à toute allure.  La récession du début des années 90 se calme et l’économie prend son essor.  Les coqueluches de la haute technologie telles que Nortel Networks poussent la bourse vers de nouveaux sommets.  Les Canadiens sont fascinés par le courriel et deviennent les plus importants utilisateurs de l’Internet au monde.  Une nouvelle flambée du marché pétrolier fait de Calgary le centre nerveux de l’Ouest.  Néanmoins, les cultivateurs de céréales des prairies ont des problèmes, et plusieurs sont menacés de faillite.  Ravagés par les coupures gouvernementales, les soins de santé, l’éducation et l’environnement sont mal en point.  Une série de catastrophes météorologiques - les débordements desrivières Saguenay et Red, la tempête de verglas - rappellent aux Canadiennes et aux Canadiens qu’il est dangereux d’ignorer l’environnement.  Au hockey, une époque prend fin avec la mort de Maurice « Rocket » Richard et la retraite deWayne Gretzky.  Des divas canadiennes -  Céline Dion, Sarah McLaughlin, Shania Twain - dominent le palmarès.  Les adolescents dansent toute la nuit en participant à des « raves ».  Les libéraux, menés parJean Chrétien, continuent de dominer la politique canadienne et forment un gouvernement majoritaire en 1997 et en 2000.  Un nouveau parti, l’Alliance canadienne, voit le jour dans le but d’unir la droite.  Le Parlement met de l’ordre dans les finances fédérales et ratifie un traité historique de revendication territoriale autochtone :  Nisga’a.   Un nouveau territoire,  Nunavut, est créé dans l’Arctique. Au Québec, la ferveur souverainisteperd du souffle.  À l’approche du nouveau millénaire, le redouté bogue Y2K fait craindre une panne générale des ordinateurs et la fin de la vie moderne.   Les Canadiens célèbrent néanmoins avec enthousiasme le passage de l’an 1999 à 2000.  Mais le début du nouveau millénaire est marqué par le chagrin : la mort de l’ancien premier ministre Pierre Trudeau plonge le pays dans le deuil.   Les destinées du pays passent aux mains d’une nouvelle génération, tandis que le Canada aborde le nouveau millénaire.